J’envisage ma pratique artistique comme un système de recherche organisé autour de trois axes récurrents : les icônes, les artéfacts et les lieux. À leur intersection se rencontrent la culture populaire, les mythes et la matérialité des objets. Le cinéma de genre, en particulier, constitue un terrain d’analyse privilégié : il diffuse et transforme des archétypes issus de l’histoire de l’art et de l’inconscient collectif, participant à la construction de récits et de représentations qui façonnent notre imaginaire contemporain. Mon travail consiste à déconstruire ces images et ces symboles afin d’en révéler les mécanismes et d’en proposer une nouvelle lecture.

Dans cette perspective, je m’intéresse particulièrement aux figures féminines et à leur construction iconographique. Les archétypes du cinéma — la sorcière, la survivante, la victime ou la guerrière — deviennent des points de départ pour interroger les formes de représentation qui structurent le regard. En réactivant ces figures dans des installations, des objets ou des images, je cherche à déplacer ces narrations et à ouvrir la possibilité d’un autre point de vue, proche de ce que l’on pourrait qualifier de female gaze. Il ne s’agit pas simplement d’inverser les codes, mais d’explorer la manière dont les images peuvent être recomposées pour produire de nouvelles mythologies.

Ma pratique est résolument pluridisciplinaire. La matière et le médium sont choisis en fonction des concepts convoqués : la céramique peut prendre l’apparence du cuir, le textile devenir sculpture, la broderie s’associer à des formes symboliques ou rituelles. Ces déplacements matériels permettent de troubler la perception et d’introduire un écart entre l’objet, sa fonction et l’imaginaire auquel il renvoie. Les œuvres deviennent ainsi des fragments d’un récit plus vaste, où les références à l’histoire de l’art dialoguent avec la culture populaire et les dispositifs narratifs du cinéma.

Je considère l’ensemble de ma production comme un rhizome, dans lequel chaque pièce entretient un dialogue avec les autres. Installations, objets, images ou textiles fonctionnent comme les vestiges d’un récit fragmenté, où fiction, mémoire culturelle et symboles collectifs se mêlent. Ce système d’images en circulation me permet d’explorer la manière dont les mythes se fabriquent, se transforment et continuent d’habiter nos imaginaires contemporains.